Le pacte de Nouméa scellé pour bâtir l’avenir



En deux jours de presénce, le Président de la République a projeté la Nouvelle-Calédonie dans son avenir. Face aux défis, tant institutionnels que climatiques ou encore militaires, dans une région du Monde où les tensions et les convoitises ne cessent de croître, notre chef de l’État est venu fixer un cap. “ Il n’y aura pas de retour en arrière ” a-t-il assuré.
La Nouvelle-Calédonie dans la République se dessinera grâce aux Calédoniens et grâce, s’il fallait encore en douter, au soutien sans faille de l’État.
Les engagements sont là. Ils se sont traduits par un pacte. Le pacte de Nouméa.


Mercredi 26 juillet 2023, devant près de 10 000 Calédoniens venus sur la place des Cocotiers écouter son discours, le Président de la République l’a réaffirmé : “Les trois référendums ont eu lieu. La Nouvelle-Calédonie est française, parce qu’elle a choisi de rester française. Et aujourd’hui, je suis venu vous dire très solennellement, avec respect et humilité, que je serai aussi avec vous, toutes et tous, le Président d’un nouveau projet, et je veux le bâtir avec vous, celui de la Nouvelle-Calédonie dans la République.”
Une façon de faire taire les interrogations, mais également de répondre, sans jamais les citer, aux responsables de l’Union Calédonienne qui ont refusé de s’asseoir autour de la table pour discuter de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. “Le dialogue tripartite, c’est un courage, et c’est un courage que vous avez eu, qui fait que nous sommes là aujourd’hui, c’est celui qui a mis fin à la violence, c’est le seul courage qui bâtit l’avenir. Se réfugier dans le silence, se réfugier dans l’isolement, se réfugier dans un séparatisme, c’est choisir de fait à nouveau, aujourd’hui ou demain, le risque de la violence ! À cela, non ! Je le dis à tous, pas de retour en arrière, pas de bégaiement, pas de surplace !”

« La Nouvelle-Calédonie est française, parce qu’elle a choisi de rester française. »

Cette urgence de “sortir du statu quo”, du “face-à-face” s’impose face à un “monde qui n’attend pas, les tensions géopolitiques s’accroîtront, réduiront nos possibles. Parce que si nous restons dans le statu quo, le changement climatique ne nous attendra pas, on le voyait encore hier à Touho, et la côte reculera et les réponses ne seront pas là. Nous avons un devoir d’agir pour les nouvelles générations, pour notre jeunesse, qui suppose chacune et chacun, moi le premier, de prendre quelques risques de sortir de nos positions acquises, de nos automatismes. C’est cela le projet d’avenir que je suis venu vous proposer.” On ne part pas d’une page blanche. La Nouvelle-Calédonie, sur le plan institutionnel, peut s’appuyer sur l’héritage des accords Matignon et de Nouméa, même si des améliorations sont attendues. “Certains points doivent être réécrits au cœur du nouveau projet. Et c’était prévu par ces mêmes accords, parmi les dispositions qui étaient transitoires. Et je pense d’abord au corps électoral. Et je constate sur ce point que vos représentants ont tous accepté de faire un premier pas, en avançant sur le dégel du corps électoral pour les provinciales de 2024. Ce travail, qui a commencé sous l’égide du ministre, se poursuivra dans la trilatérale qui est prévue autour de la Première ministre et du ministre et je souhaite qu’une révision de la Constitution de la Ve République puisse intervenir début 2024.”
La Nouvelle-Calédonie demeurera une collectivité à part, a affirmé Emmanuel Macron, mais une collectivité pleinement inscrite dans la République française.
Et au-delà du corps électoral qui sera donc dégelé, d’autres défis politiques arriveront. “Comme l’instauration de la citoyenneté calédonienne qui, jusqu’ici, s’est traduite par des restrictions transitoires qui conditionnent le droit de vote et qui limitent l’accès à l’emploi local. Ces dispositions, disons les choses avec vérité, produisent aussi des relégations et des frustrations.”
Pour créer cette appartenance propre dans la République, Emmanuel Macron a déclaré face aux Calédoniens vouloir sceller un pacte.
“Un pacte engage tout le monde, un pacte qui doit nous conduire à sortir du face-à-face des uns et des autres, un pacte de respect et d’ambition, un pacte de tradition et d’ambition, un pacte d’enracinement et d’universel, ce pacte du pardon et de l’avenir. Ce pacte de Nouméa que nous scellons aujourd’hui, je m’y engagerai, comme je me suis engagé à vos côtés il y a 5 ans.”

Jamais autant de dignitaires de l’État n’avaient foulé le sol calédonien ensemble.
Pour cette visite, le Président de la République était accompagné du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, du ministre des Armées, Sébastien Lecornu, de Philippe Vigier, ministre délégué chargé des Outre-mer et de Catherine Colonna, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.


L’agriculture et le nickel pour refonder le modèle économique

« Au-delà de ces questions institutionnelles et politiques, ce sur quoi je suis venu essayer d’éclairer les travaux et vos débats à venir, c’est comment ensemble nous pouvons, nous devons éclairer notre avenir.» Pour Emmanuel Macron, la Calédonie dispose de deux grandes forces encore sous-exploitées et qui seraient pourtant gage de relance économique, qui passe par la souveraineté industrielle, énergétique et agricole.
Son nickel, évidemment, une force pour la Nouvelle-Calédonie mais également pour la France. «Que des contraintes réduisent sa compétitivité et limitent la rentabilité des entreprises de métallurgie, avec un cercle vicieux que chacun connaît», a analysé Emmanuel Macron, qui a fait tenir durant son séjour une réunion autour du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, avec tous les élus et les industriels. Le Président déplore deux manques : «On a un premier travail à faire, c’est de réorienter une partie de notre production pour aller vers les bons produits et les bons débouchés». À ce jour, seule l’usine du Sud produit du «nickel batterie», répondant à une demande croissante mondiale. «Il faut bouger la doctrine nickel !»
« La deuxième chose, c’est qu’aujourd’hui, aucune de ces usines n’est rentable. Aucune parce que le modèle de production n’est  pas compétitif et parce que l’énergie n’est pas compétitive. Nous sommes un des territoires où la tonne de CO2 par habitant est la plus importante, parce qu’on le fait avec du charbon, et donc ce n’est pas cohérent, et ça ne pourra pas durer. Et donc la refonte du système énergétique productif est essentielle ».

L’annonce a été  faite devant les Calédoniens. « Ce sont plusieurs milliards d’euros, a-t-il déclaré. Là, on va pas se battre sur les compétences, on va être clair, il y a que l’État qui peut le financer.» Cette annonce laisse présager une véritable révolution énergétique. Pour rappel, Gérald Darmanin avait souhaité que la Nouvelle-Calédonie serve de lieu d’expérimentation des SMR, soit un mini-réacteur nucléaire. De quoi avoir une énergie décarbonnée et compétitive.  

L’ADRAF réformée pour aider à faire de l’aménagement foncier

Deuxième force à développer de toute urgence pour le chef de l’État : l’agriculture calédonienne. «C’est une force, mais nous ne sommes pas à l’autonomie alimentaire. 17 % de ce qu’on consomme est produit sur le territoire, et donc on est très dépendant et ce chiffre n’est pas bon, parce que s’il y avait à nouveau des grandes crises sanitaires, des risques géopolitiques, on importerait plus de 80 % de ce qu’on consomme». Le Président de la République s’y est engagé. L’État va continuer d’investir dans la recherche agroalimentaire et dans plusieurs filières pour innover et pour continuer à se passer au maximum d’intrantsafin d’aboutir à une production plus compétitive.
«Mais on doit aussi être lucide sur le fait que l’immense défi en matière d’agriculture, ce sera le foncier. Et les 3 dernières décennies ont permis de réussir une chose, qui correspondait aux accords, c’est la restitution d’une partie des terres et à cet égard, l’ADRAF a vraiment réussi sa mission», a assuré Emmanuel Macron. «Mais on a aujourd’hui un immense défi qui est celui de l’aménagement foncier et de l’accès au foncier des jeunes agriculteurs et de ceux qui veulent s’installer. Il faut aménager le foncier, il faut permettre à des justes prix, aux jeunes exploitants, de reprendre ou d’accéder à du foncier. Il faut permettre aux jeunes qui reprennent de reprendre un bon coup et donc de les aider à porter ce foncier avec de bonnes structures. L’ADRAF sera réformée pour aider à faire de l’aménagement foncier et de l’aménagement agricole dont nous avons besoin et nous devons aussi aider des jeunes qui ne sont pas dans le secteur à s’installer.»
De la jeunesse, le Président en fait le pilier de son projet. En visite au Centre culturel Tjibaou, Emmanuel Macron l’a rappelé devant 400 d’entre eux réunis pour l’occasion. «Ce que nous devons à chaque jeune, c’est qu’il puisse trouver sa place et qu’il puisse en quelque sorte construire son projet d’avenir.»


Faire résonner la voix de la France dans l’Indopacifique

Dans les airs, au-dessus de Nouméa, ils ne sont pas passés inaperçus avec  le tonnerre annonçant leur arrivée. Deux Rafale ont survolé deux jours durant Nouméa, notamment lors de la cérémonie de prise d’armes qui s’est déroulée à l’arrivée du Président. Dans la continuité des missions réalisées en 2021 et 2022, l’armée de l’Air et de l’Espace se déploie de nouveau dans le Pacifique avec la mission Pégase. Du 25 juin au 3 août 2023, une vingtaine d’aéronefs de l’armée de l’Air et de l’Espace Française ont été déployés depuis la France sur les territoires français de l’Indopacifique. 320 aviateurs, 55 tonnes de fret, 10 avions Rafale, 5 Airbus A330 MRTT et 4 A400M sont mobilisés pour cette mission qui va s’articuler autour de 11 escales dans dix pays et des échanges avec 14 armées de l’air partenaires.
Une traduction concrète de ce qu’est la vision Indopacifique. « L’espace dans lequel nous sommes est le lieu d’une confrontation croissante avec de plus en plus de présence militaire, avec beaucoup de déstabilisations dans la région » a rappelé devant les médias calédoniens Emmanuel Macron. « Nous sommes présents dans l’Indopacifique car nous avons près d’1,5 million de nos compatriotes et 8 000 de nos militaires qui y sont déployés. Nous avons noué des partenariats historiques avec l’Inde, les Émirats arabes unis, l’Australie, le Japon… Nous menons des exercices inédits comme l’exercice Pégase qui a mobilisé près de 300 militaires, en particulier des aviateurs. »

18 milliards d’investissement pour l’armée en Calédonie

Le chef de l’État le confirme : « La France n’avait pas eu une telle signature stratégique dans la région depuis bien longtemps. Nous nous réengageons, nous sommes présents, nous y mettons les moyens. Ces exercices inédits avec l’ensemble de nos forces armées, montre notre capacité à agir vite en ayant de l’impact. Tout cela nous donne de la crédibilité et a complètement changé nos relations avec l’Indonésie et avec d’autres. »  Actuellement, 1600 militaires sont présents en Nouvelle-Calédonie. Emmanuel Macron promulguera dans les semaines qui viennent la loi de programmation militaire.  
Cela se traduira ici par l’arrivée « 200 militaires en plus et plus de 150 millions d’euros [18 milliards de francs, NDLR] en plus qui seront investis.» Pour asseoir sa crédibilité dans la Pacifique également, le chef de l’Etat a annoncé « bâtir  une académie du Pacifique ici même pour former des militaires de toute la région.» Mais le Président de la République a également tenu à rappeler que sa vision de l’Indopacifique ne se cantonnait pas à l’action militaire. « Nous voulons également réinvestir dans l’université et la recherche. à travers l’Ifremer, nous allons réinvestir au côté de l’Université dans l’exploration des fonds marins.  Nous voulons être une puissance scientifique de l’Indopacifique. Nous le ferons aux côtés de l’IRD et du Cirad. Nous allons le faire pour notre territoire, mais également en lien avec les autres pays de la région. C’est la puissance de la France dans sa diversité. C’est ça la France. En Océanie, c’est une force si nous savons revenir sur nos divisions d’hier, nos divisions du passé et regarder l’avenir pour bâtir. »

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