Santé et proximité véritables enjeux pour la Province



La Nouvelle-Calédonie ne fait pas figure d’exception. Les professionnels de santé, qu’ils soient médecins généralistes ou spécialisés se font rares partout en France, surtout en zone rurale. La province Sud a mis en place une série de dispositifs pour mettre fin à la pénurie qui menace toute la Nouvelle-Calédonie. Primes d’installation, diffusion de spots vidéo dans les facultés de médecine, accueil d’internes et aides économiques pour les structures médicales… Le travail commence à porter ses fruits. Explications.

Offrir les mêmes soins que l’on soit à Nouméa ou  en Brousse. Le pari était difficile. Mais essentiel à relever pour la population. Depuis octobre 2022, la province Sud s’est attelée à lutter contre la pénurie de personnel de santé dont souffre la Nouvelle-Calédonie en mettant en place son propre dispositif : une prime à l’installation pour les médecins libéraux. Une réponse concrète qui, un peu plus de 10 mois après sa mise en place, fonctionne.

Cette mesure octroie une aide à l’installation de 6 millions de francs, versée en trois fois sur 3 années, et le remboursement des frais de formations annuelles auxquelles elle astreint les praticiens généralistes afin de renforcer et maintenir leurs compétences en matière d’urgence médicale. Déjà deux médecins se sont installés à Tontouta et à Boulouparis. Un troisième devrait également arriver sur la même commune l’année prochaine.

Forts de ce constat, les élus de la Province, réunis en assemblée le 3 août, ont décidé d’étendre ce dispositif aux chirurgiens-dentistes libéraux, trop peu nombreux en Brousse. Mais le travail ne s’arrête pas là.

« Pour que tous les habitants puissent être  soignés correctement, nous avons bien sûr mis en place un dispositif proactif avec cette prime, mais également des vidéos, diffusées dans l’ensemble des universités pour rendre la Nouvelle-Calédonie attractive,  indique la présidente de la province Sud. Nous recrutons également plus d’internes pour, là aussi, accueillir des jeunes qui pourraient avoir vocation à vouloir rester en Nouvelle-Calédonie après leurs études.» Les effets de cette stratégie sont à présent visibles.

« Tous les postes de médecin sont pourvus dans les dispensaires du Sud. »

Une bonne chose, certes, mais qui ne règle pas complètement le problème de l’offre de soins en Nouvelle-Calédonie.

« Nous avons malheureusement une difficulté, déplore la présidente. Les postes de médecin ne sont pas tous pourvus dans les dispensaires de la province Nord. Ce manque fait que des habitants de la province Nord viennent se présenter dans nos dispensaires, notamment ceux de Bourail et de La Foa.»

Les temps de transport ne permettent pas de traiter de façon optimale les urgences telles que les accouchements ou encore les accidents cardio-vasculaires.

« Cette situation est préoccupante, poursuit la présidente de la province Sud. Lorsque des patients doivent faire trois heures de transport au lieu d’une heure s’ils avaient un dispensaire ouvert à proximité… Certains médecins se retrouvent face à une difficulté de rendre compatibles les soins dans ces conditions là. J’espère donc que la province Nord fera les efforts que nous avons faits. »


Le médecin “globe trotter” a posé ses valises à Boulouparis

Lorsqu’on lui demande de nous résumer en quelques mots son parcours, les villes, les océans et les continents défilent. Le docteur Will Tran, 57 ans, est ce qu’on pourrait appeler un baroudeur… Un médecin militaire formé à Bordeaux devenu libéral pour voyager et qui préfère qu’on le qualifie de « médecin globe-trotter ».

Après avoir sillonné l’Hexagone, le docteur a exercé à La Réunion, à Mayotte, mais aussi à Saint-Martin. Jusqu’à ce qu’il découvre la Nouvelle-Calédonie.

« J’étais en Polynésie et j’ai regardé la carte du monde en me disant que je ne connaissais pas », confie-t-il simplement. « J’ai signé mon premier contrat de remplacement à Tontouta, je suis allé à Maré, puis j’ai été médecin itinérant en province Nord durant 10 ans. J’ai enfin travaillé au CHN à Koumac durant 2 ans, durant lesquels j’ai fait ma spécialisation en médecine d’urgence. Après autant de temps à me déplacer, j’ai songé à m’installer… ».

Et ceux qui pensaient qu’il était très simple de s’installer lorsqu’on exerce une profession aussi recherchée pourraient être surpris.

Le Docteur Tran en est l’illustration. « J’avais pour projet de m’installer à Népoui. Mais c’est tombé à l’eau à la dernière minute. » C’était en fin d’année dernière et coup du sort, le médecin en quête de cabinet entend parler du dispositif d’aide à l’installation de la province Sud.

« J’ai donc décidé de faire quelques kilomètres et je suis arrivé en province Sud. J’ai d’abord travaillé six mois dans les communes de La Foa et de Bourail. »

Mais c’est finalement à Boulouparis que le médecin généraliste a ouvert son cabinet au mois de juin. Un choix personnel. « Je pouvais m’installer où je voulais, mais j’ai trouvé que Boulouparis et sa région étaient moins dotés, médicalement parlant. » Will Tran est à présent satisfait de son activité.

Il connaissait déjà quelques patients qu’il a pu rencontrer ces derniers mois et a reçu un accueil chaleureux. Mais il le reconnaît volontiers : « la prime a pris une part non négligeable dans ma décision. Je me suis renseigné et j’ai rapidement compris que le médecin ne faisait pas partie des catégories socio-professionnelles qui bénéficieraient d’aides, sauf en province Sud. L’aide à l’installation a donc forcément joué, en plus de raisons familiales ».

Ce qui ne l’empêche pas de prêter main forte lorsqu’on a besoin. « L’hôpital de Koumac souffre d’un manque de personnel qui l’empêche de fonctionner parfaitement, je les dépanne donc un week-end par mois. J’ai travaillé deux ans là-bas donc je le fais avec plaisir. » Le médecin intervient également dans le dispensaire de La Foa. « C’est la contrepartie de l’aide, explique-t-il. Il y a des week-ends de permanence. J’ai dit oui, sans hésiter. » La commune de Boulouparis compte donc à présent deux médecins libéraux.


Une  collectivité également au chevet des structures privées

L’action de la Province ne se cantonne pas à une intervention dans ses dispensaires et à des aides pour faciliter l’installation de personnels de santé dans les communes.

Le 5 août, l’assemblée de la province Sud a également décidé d’intervenir, grâce à une révision de son code des aides pour le soutien de l’économie (CASE), auprès de structures privées.

En raison des difficultés conjoncturelles rencontrées par les établissements de soins hospitaliers (pénurie de médecins et maintien d’une offre de soins de qualité), la collectivité a décidé d’apporter un soutien économique à ces établissements de droit privé pour assurer une offre de soins complète et de qualité.

Une aide à l’équipement à l’étude

La présidente de l’assemblée de la province Sud explique : « L’extension de ce dispositif d’aide au secteur sanitaire était nécessaire pour la clinique Kuindo-Magnin. Nous savons qu’elle est à la limite de la cessation de paiement, tout comme un certain nombre d’organismes à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie. La province Sud a décidé de lui venir en aide car cela permet de compléter l’offre sanitaire habituelle de la Nouvelle-Calédonie et du Médipôle, donc c’était une mesure importante. »

Toujours dans le but de maintenir des soins de qualité, l’exécutif songe également à mettre en place une aide à l’équipement.

L’enjeu étant  cette fois-ci de permettre aux professionnels de santé, notamment aux ophtalmologues, de conserver un niveau d’équipement moderne, afin bien sûr de proposer la meilleure offre de soins, mais également de  leur permettre de rester attractifs pour attirer d’autres confrères, forcément regardant sur la qualité des soins qu’ils peuvent apporter.

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